Bivouac Kayak de Pâques

L’accroche ? Une sortie kayak avec deux grands jours de randonnée maritime dans le golfe du Morbihan, et en bonus une nuit en bivouac sur une île déserte.

Un kayak Belouga dans le golfe du Morbihan

Dîner Brainstorming du vendredi

Le plan d’origine : partir à la montagne pour escalader des grandes voies. Certaines réticences s’élèvent rapidement contre cette proposition : avec un nombre de grimpeurs impair, les manipulations de cordes supplémentaires provoquent trop d’attente.
L’autre scénario : partir en Bretagne pour faire du kayak de mer.
Après d’âpres négociations, le kayak de mer l’emporte à 23h00. Le site web du loueur que nous avons repéré indique qu’il est fermé le week-end. Nous l’appelons pour vérifier malgré l’heure tardive. Surprise ! il répond et il peut nous louer des kayaks, mais il faut poser le rendez-vous le lendemain à 11h30 pour récupérer les bateaux.

Le départ

Ouille, on n’avait pas prévu d’y être si tôt, et on comptait dormir avant de partir de région parisienne !
Hop, chacun chez soi pour une courte nuit de sommeil, on prépare les sacs et on met les alarmes avant l’aube pour rejoindre la Bretagne en voiture.
Dring, mon téléphone sonne… les compagnons d’aventures m’attendent devant chez moi, j’ai raté mon réveil. Pas grave, je descends en urgence, ça nous retarde de deux minutes seulement. En voiture, je regarde l’horloge : une heure de retard. On m’explique que je ne suis pas le seul à avoir raté le réveil… Ça commence bien.
Direction Baden, dans le Morbihan, avec un voyage des plus rapides. Un compteur « à peine » au dessus de 130, des changements de conducteurs dans les files du péage, et on arrive à l’heure !

Le kayak comme si vous y étiez

Briefing

Arrivés à la location de kayaks, le briefing commence et durera une heure. Choix du matériel, maniement des pagaies, consignes de sécurités, étude de la carte et des itinéraires possibles, réglages du gouvernail, horaires des marées et courants …

Le top du top : une info pour aller bivouaquer sur une île, un « paradis pour campeur », qui devrait être déserte à cette époque de l’année.
La flop du flop : ce WE, c’est le plus fort coefficient de marée de l’année. Impossible de remonter les courants, et si on rate le créneau pour franchir un passage, il faudra attendre la prochaine marée pour passer (environ 6heures). D’un autre côté, on peut encaisser un jour de retard grâce au lundi de Pâques !

Le gouvernail du kayak en détail

Le chargement des kayaks

Chaque embarcation possède deux compartiments étanches : un à l’avant, l’autre à l’arrière. Nous y mettons des vêtements secs, une tente, des sacs de couchage, des tapis de sol, de la nourriture pour 2 jours, un réchauds. Tout rentre, c’est dingue la place qu’il y a là-dedans.

Mise à l’eau

On met les kayaks à la mer, et on monte dedans. La technique : à califourchon sur le canot, on rince les chaussures et on les égoutte, pour ne pas faire rentrer trop d’eau et de sable dans le bateau. Les deux fillettes qui m’accompagnent font la mise à l’eau pieds nus, les sèchent avec une serviette avant d’enfiler des chaussures sèches…. Des vrais marins d’eau douce !
Une fois dans le kayak, on passe la jupe autour de l’hiloire (c’est le rebord qui entoure le trou dans par lequel on rentre). La jupe empêche l’eau de rentrer dans l’embarcation.
Les premiers coups de pagaies se passent très biens, on évite les parcs à huitres qui nous entourent et nous voilà vraiment à l’eau !

Les jupes de kayakiste

A contre courant

Les kayaks se manient plutôt bien, même si l’inertie des bateaux provoque quelques frayeurs lorsque des collisions entre nous sont évitées de justesse.
Un premier passage plus étroit entre deux îles renforce le courant provoqué par la marée montante. D’après le loueur, nous devrions essayer de remonter ce courant pour nous rendre compte de la force phénoménale de la marée, surtout lors de ce coefficient exceptionnel. D’après lui, si nous passons ça, nous pourrons remonter n’importe quoi.
C’est parti pour un demi-tour et nous remontons le passage en ne forçant pas plus que ça. Le loueur a dû nous prendre pour des sportifs du dimanche, ou alors il a des biceps en caramel au beurre salé.

La promenade

Nous passons devant l’île qui nous accueillera ce soir. Elle est petite, mais semble très accueillante. Nous continuons notre promenade car il est trop tôt pour s’arrêter. Nous allons jusqu’à la plage où un vrai camping aurait pu nous accueillir. C’est l’occasion de voir que le gourvernail n’est pas si simple à manier que ça, et le kayak biplace avance un peu en zigzag. On se demande si la trace GPS revèlera que nous tirons des bords en kayak.
On s’amuse un peu sur la seule vague que nous croisons : celle créé par un ferry qui relie les différentes iles du golfe. Rien d’exceptionnel, mais ça donne bien envie de tester ces bateaux en pleine mer.
Arrivés à la plage du camping, on accoste pour changer les équipages, puis on se dirige vers notre lieu de bivouac. Sur le chemin, nous ferons des détours volontaires afin de profiter un peu plus de la navigation.

L'île déserte

Le bivouac

On débarque sur une plage de la petite île, complètement déserte. A peine le pied à terre, c’est le tour du propriétaire. On identifie les endroits potentiels pour installer notre camp, en essayant de s’abriter du vent au maximum.
On retourne aux kayaks, pour les remonter sur la berge pour la nuit. On vide le chargement pour trouver nos vêtements de rechange, et c’est la surprise : un compartiment étanche ne l’était pas. Nous perdons notre sopalin tout neuf,  et l’emballage carton de nos verres ballons est foutu, mais le sac de couchage est sauf. OUF !
Le temps de se changer, et nous préparons le camp : ramassage de bois, et montage de la tente.

Une fois cela fait, nous pouvons profiter tranquillement de l’île. C’est presque marée haute, et il n’y a pas grand chose sur les rochers. Un rapide coup d’oeil ne permet pas de trouver autre chose qu’une huître, qui inspire peu confiance. Elle restera à l’eau.
Nous prenons l’apéro pendant que notre Bear Grylls local tente d’allumer un bûcher à l’aide de sa pierre à feu. Par respect pour lui, la vidéo de son cuisant échec ne sera pas diffusée ici. (Echec encore plus cuisant que le feu est parti sans papier, les aiguilles de pins s’allumant très bien au briquet seul)
On entame ensuite notre dîner gastronomique : les cotelettes d’agneaux, grillées sur des pics à brochettes, sont succulentes. Un bon petit vin, dégusté dans des vrais verres ballons, complète le tableau.
L’île déserte, la mer, le feu de camp, le repas… un vrai moment de plénitude.

Top chef !

Ce n’est qu’après un long moment autour du feu, une fois que la nuit fût complètement tombée, que nous sommes enfin allés nous coucher.

Dormir

Un aventurier prévenant m’avait déconseillé de prendre mon tapis de sol en mousse : « Tu comprends, il risque de prendre l’eau, ça va faire éponge, prends plutôt ce matelas auto-gonflant qui traine dans un coin chez moi ».
Le problème avec les auto-gonflants, c’est qu’une fois crevé, c’est comme s’ils n’étaient plus là. C’est parti pour une nuit difficile, provoquant des douleurs aux cervicales qui persistent à l’heure où j’écris. Merci quand même.
On remercie aussi les types bourrés qui se sont mis à hurler de l’autre côté du bras de mer à 2h00 du matin. L’alcool et le vent aidant, nous avions l’impression qu’ils criaient juste à coté de nous. Les îles désertes, c’est plus ce que c’était.

Vue nocturne au bivouac

Petit déjeuner

On se réveille avec le soleil, et à défaut d’avoir bien dormi, on prend un petit déjeuner de rêve au bord de l’eau, avec vue sur le golfe et les voiliers qui partent en mer.
Un rapide coup d’oeil sur la carte, et nous traçons notre itinéraire.
Nous remonterons le courant pour atteindre l’île d’Arz, puis nous profitons de la marée descendante pour la contourner entièrement puis rejoindre l’ile aux moines. Nous ne devrons pas perdre de temps car il faut que nous soyons impérativement à la pointe sud de l’île aux Moines avant 14h00. Après cela, les courants ne nous seront plus favorables du tout. Si nous arrivons avant, il faudra faire la pause pique-nique en attendant le changement de marée, pour que les courants nous remontent chez le loueur de bateaux.

C’est reparti !

On se remet à l’eau avec beaucoup de facilité, le soleil est avec nous. Nous connaissons la première partie du trajet, car nous l’avons déjà faite la veille. On galère un peu avec le gouvernail, et nous décidons de le relever : ça fonctionne bien mieux sans.
Nous faisons le tour de l’île d’Arz, en profitant de la nature et des oiseaux. Durant le week-end, notre faible connaissance en ornithologie nous fera confondre pigeon et faisan, mais nous reconnaissons à coup sûr la mascotte du coin : le macareux moine !

Notre parcours (en jaune le samedi, en orange le dimanche)

Nous nous éloignons ensuite des côtes pour rejoindre l’île aux Moines. Tout se passe bien, même si le kayakiste dans le mono-place se fatigue plus vite que les deux autres.
A l’approche de l’île aux Moines, le courant est visible sur les bouées : il créé une véritable vague sur le côté où il frappe le flotteur. Heureusement que nous allons dans son sens.

Nous arrivons à l’endroit prévu pile à l’heure. On accoste pour un pique-nique, malgré un temps nuageux et un léger crachin. Nous nous empiffrons comme des affamés, puis les compagnons allument un petit feu au milieu des rochers pour faire du café. Je vais faire un petit tour le temps que l’eau boue, et pars à la découverte des habitants de la plage : des cloportes-géants-amphibies-immondes, mais aussi chapeaux chinois, bigorneaux, huîtres et crabes … On avale le café et c’est reparti !

Des huîtres ?

La dernière ligne droite

Pour finir, nous remontons le long de l’île aux Moines, poussés par le courant.
Une force inexpliquée (le courant, le vent, les biceps de droitiers…) fait désormais pivoter les kayaks sur la gauche, quoiqu’il arrive. Le gourvernail est finalement remis en place pour remédier à cela.
Nous revenons à l’embarcadère du loueur, absent ce dimanche. C’était prévu, et nous pouvons cadenasser tout le matériel.

La sortie kayak est terminée, mais le programme n’est pas fini.

La suite

Direction le camping de Conleau à Vannes, pour passer la nuit avant de repartir escalader les voies de l’Ile-aux-Pies.
A l’accueil, la jeune femme est jolie mais son charme ne compense pas la déception lié à l’indisponibilité de la piscine en travaux.
Nous profitons quand même de la douche pour retirer la croûte de sel qui nous enrobe la peau depuis deux jours, et c’est encore un diner gastronomique qui nous attend : confit de canard, pomme sautées et toujours le vin en verre ballon. Un vrai bivouac Top Chef !
Cette fois-ci, personne ne nous dérange pendant la nuit, mais le matelas crevé est toujours aussi inutile.

Lundi de Pâques

Pour le petit-déjeuner, un kougnamann nous attend. La fraicheur de la nuit l’a rendu tout dur, et je convaincs mes compagnons de le faire réchauffer dans sa barquette alumunium sur le réchaud à gaz, afin de le ramollir. Erreur fatale ! Le beurre a immédiatement fondu et pris feu. Une fois les flammes éteintes, c’est donc un gateau au goût d’aluminium brûlé que nous avons mangé.
La météo annonçant de la pluie pour la journée entière, nous renonçons à notre journée de grimpe, mais n’avons aucun regret : le WE Bivouac Kayak de Pâques fut un succès !

Merci pour le manque d'organisation, qui nous a offert un WE d'aventures au poil !

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